Question et reponse sur la salat tarâwîh!

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     Q:Assalâmu 'alaykum. Je n'y comprends plus rien. J'habite en France. Je vois certains frères accomplir 20 cycles (rak'ah) de prière de la nuit (tarâwîh) pendant le mois de Ramadan, mais d'autres frères me disent qu'accomplir 20 cycles de cette prière est une innovation (bid'ah), et qu'il ne faut accomplir que 8 cycles. Que me conseillez-vous de faire ?

 


Wa 'alaykum us-salâm wa rahmatullâh.

La question que tu poses concerne un point qui crée hélas beaucoup de réactions passionnées chez certains jeunes musulmans.

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A l'époque du Prophète (sur lui la paix) :

Ce qui est prouvé du Prophète (sur lui la paix), c'est qu'il a dit : "Celui qui prie la nuit du Ramadan, avec foi et espoir de récompenses, ses péchés antérieurs lui seront pardonnés" (rapporté par al-Bukhârî). Il est également prouvé du Prophète que c'est parfois en groupe et parfois tout seul (rapporté par al-Bukhârî, Muslim, Abû Dâoûd, an-Nassaï, Ibn Mâja), qu'il a fait cette prière : celle-ci relève, d'après Ibn Hajar, de la prière de la nuit ("qiyâm ul-layl") (fin de citation). Plus tard elle fut nommée prière des "tarâwîh". Comme al-Bukhârî l'a rapporté de lui et selon l'interprétation qu'en a donnée Ibn Hajar, si le Prophète ne l'a pas faite en groupe tous les jours, c'est qu'il craignait qu'ensuite il faille accomplir en groupe la prière facultative de nuit ("qiyâm ul-layl") pour que celle-ci soit valable ; ou bien qu'il craignait que la prière de nuit devienne obligatoire pendant le mois de ramadan (Fat'h ul-bârî, tome 3 p. 19).

Combien de cycles (rak'ahs) faisait alors le Prophète ?

Un hadîth rapporté par Ibn Abî Shayba rapporte : 20 (Fat'h ul-bârî, tome 4 p. 322). Un autre hadîth, rapporté par Ibn Khuzayma et Ibn Hibban, dit : 8 (Fat'h ul-bârî, tome 3 p. 17).

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A l'époque du califat de Umar (que Dieu l'agrée) :

Al-Bukhârî rapporte également que Umar, se rendant à la mosquée pendant une nuit de ramadan, vit les gens en train d'y accomplir la prière de nuit de façon séparée : qui priait seul, qui priait avec un petit groupe sous sa direction… Umar dit alors : "Je pense que si je réunissais ces gens sous la direction d'un seul lecteur, ce serait mieux". Il nomma alors comme imam Ubayy ibn Ka'b. Se rendant une autre fois et voyant les gens accomplir la prière de nuit sous la direction du imam nommé, il apprécia cela, mais ajouta : "La prière faite au moment où ils dorment est (néanmoins) meilleure que celle qu'ils accomplissent" : il voulait parler de la fin de la nuit, ces gens accomplissant cette prière au début de la nuit (rapporté par al-Bukhârî, 1906). Il est à noter que, comme le relate Ibn Hajar, Umar ne se joignait pas à eux pour cette congrégation (Fat'h ul-bârî, tome 4 p. 321). Le Prophète avait pratiqué parfois cette prière en groupe, et s'il avait refusé de l'accomplir en groupe toutes les nuits du ramadan, ce n'était que par crainte de la venue d'une révélation divine déclarant qu'il était désormais obligatoire de l'accomplir en groupe, comme nous l'avons dit plus haut. Or, la révélation divine était désormais interrompue depuis le décès du Prophète, il était donc possible d'accomplir cette prière en groupe chaque soir.

Combien de cycles (rak'as) faisaient alors ceux qui priaient ?

Mâlik rapporte : 11. Il rapporte également : 20 + 3 cycles de witr (Al-Mu'attâ - Fat'h ul-bârî, tome 4 p. 320). D'après Ibn Hibbân, à l'époque de Omar, on avait commencé à faire d'abord 11 cycles [8 + 3], mais la position debout était très longue à cause de la récitation du Coran. On augmenta alors le nombre de cycles jusqu'à 20, sans compter la prière du witr, afin de répartir la récitation du Coran sur un plus grand nombre de cycles. Plus tard on augmenta le nombre de cycles jusqu'à 36, sans compter la prière du witr. (Cité en note de bas de page dans Fiqh us-sunna, tome 1 p. 247.)

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Que faire aujourd'hui ?

Ash-Shâfi'î a dit : "J'ai vu des gens de Médine accomplir, pour la prière de nuit du Ramadan, 39 cycles. J'ai vu les gens de La Mecque accomplir 23 cycles. Il n'y a rien de répréhensible ni dans la première ni dans la seconde de ces solutions." Il a dit aussi : "Si ceux qui prient augmentent la (durée des) positions debout et diminuent le (nombre de) prosternations, c'est bien. Et s'ils augmentent le (nombre de) prosternations et diminuent la (durée des) positions debout, c'est bien aussi…" (Fat'h ul-bârî, tome 4 p. 322).

Ibn Taymiyya a tenu des propos très voisins de ceux de ash-Shâfi'î : il écrit : "Il y a l'avis disant de faire 20 cycles – comme le dit l'avis connu des écoles de Ahmad et de ash-Shâfi'î –, il y a celui disant de faire 36 cycles – comme cela est relaté de Mâlik –, et il y a celui disant de faire 11 ou 13 cycles". Ibn Taymiyya écrit ensuite : "Si les gens ne peuvent pas faire [8 cycles tels que le Prophète et ses Compagnons faisaient à cause de la trop grande durée de la position debout telle que eux la pratiquait], alors ils feront 20 cycles. C'est d'ailleurs ce que font la majorité des musulmans. Et c'est un juste milieu entre 10 et 40" (Majmû' fatâwâ Ibn Taymiyya, tome 22 pp. 272-273 ; des lignes voisines sont à voir dans le tome 23, p. 113).

Si tu vas sur la page du site de Cheikh Abdullâh ibn Jibrîn qui est consacrée à ce point, tu verras qu'après avoir cité ces propos de Ibn Taymiyya sur son site, Ibn Jibrîn écrit en commentaire : "Ces propos de Ibn Taymiyya, de même que les âthâr [propos et actes des Compagnons du Prophète] nous montrent que la prière de nuit du ramadan est déterminée en fonction du temps qui y est consacré (...). Le Prophète accomplissait 11 cycles, mais ceux-ci duraient environ 5 heures, ou parfois toute la nuit, tant et si bien que les Compagnons craignaient ne plus pouvoir prendre le repas d'avant l'aube (sahûr) [rapporté par Abû Dâoûd, an-Nassaï et Ibn Maja – n° 1344]. Cela signifie qu'il restait longtemps dans la position debout, au point que l'on peut évaluer la durée d'un cycle (rak'ah) à environ 40 minutes. Les Compagnons faisaient de même [plus tard, après le décès du Prophète] ensorte qu'ils s'appuyaient pendant la prière [rapporté par Mâlik, al-Mu'attâ, n° 103]. Lorsque la grande durée de la position debout et des postures leur causa trop de difficultés, ils diminuèrent cette durée en augmentant le nombre de cycles, l'objectif étant que leur prière de nuit occupe toute leur nuit du ramadan, ou du moins la plus grande partie possible. Voilà donc la pratique (sunna) des Compagnons : soit augmenter le nombre de cycles en diminuant la durée des postures de la prière, soit diminuer le nombre de cycles en augmentant la longueur des postures. Aucun d'entre les Compagnons ne s'est adressé des reproches à ce sujet. Tout cela est donc correct. Et tout cela est adoration dont on espère l'acceptation par Dieu et la récompense. Et Dieu sait mieux" (fin de citation).