L'islamophobie et l'interdiction de la burqa dénoncées par l'UOIF

Publié le par rks3

Rares étaient les femmes vêtues de voile intégral dans les allées de la 27e Rencontre des musulmans de France, qui s'est tenue du vendredi 2 au lundi 5 avril, au Bourget (Seine-Saint-Denis), sous l'égide de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF). Les discours, en revanche, lui ont fait la part belle.

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Alors que le gouvernement, en dépit de l'avis prudent exprimé par le Conseil d'Etat sur le sujet, mardi 30 mars, réfléchit à un moyen d'interdire le port de cette tenue, y compris dans l'espace public, les responsables musulmans qui se sont relayés, samedi soir à la tribune, ont tous rappelé leur opposition à une loi d'interdiction générale et dénoncé un climat d'islamophobie, source de "crispations" et de "repli" dans la communauté musulmane.

Devant des milliers de personnes, le président de l'UOIF, Fouad Alaoui, a regretté que les musulmans soient considérés comme "le maillon faible de la société" et déploré que "le voile facial" soit devenu "un enjeu national".

L'UOIF avait déclaré, devant la mission parlementaire consacrée à ce sujet, qu'elle ne considérait pas le voile intégral comme une obligation religieuse mais comme une pratique fondée sur un avis minoritaire. Samedi, M. Alaoui a aussi insisté sur le fait que le port de cette tenue relevait de la "liberté personnelle et que nul ne pouvait intervenir sur la liberté personnelle".

Evoquant ces femmes, M. Alaoui a martelé, sous les applaudissements, que "[leur] devoir est de les aider et de les défendre", tout en ajoutant : "c'est à nous de tirer la communauté vers le haut". Une analyse reprise par Tariq Ramadan, le prédicateur suisse, "star" de cette rencontre annuelle, qui a plaidé à la fois "pour la pédagogie et la compréhension ".

Intervenant devant une salle moins enthousiaste, Mohammed Moussaoui, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), dont l'UOIF est membre, a développé un discours plus nuancé. M. Moussaoui a certes déploré "l'instrumentalisation et la stigmatisation subies" par l'islam ces derniers mois : "Les musulmans de France souhaitent que leurs pratiques religieuses soient perçues comme un élément de leur liberté individuelle et non comme une source permanente de débats publics", a-t-il rappelé. De même, il a regretté que "certains semblent réclamer un rejet de tout signe religieux visible dans l'espace public".

Mais, concernant le port du voile intégral, il a demandé, au nom d'un "meilleur vivre ensemble" que "chacun prenne en compte dans l'exercice de sa pratique religieuse ou culturelle la perception de cette pratique par le reste de la société. Nous ne devons pas sous-estimer l'incompréhension et le rejet que peuvent susciter certaines pratiques, au demeurant très marginales". "Le CFCM a affiché sa volonté d'oeuvrer pour que cette pratique ne se développe pas sur le territoire", a rappelé M. Moussaoui.

Face au "climat islamophobe galopant ", M. Alaoui a reconnu une part de responsabilité de la communauté musulmane. "Le problème est que nous n'arrivons pas à montrer les vraies valeurs de l'islam. La société ne nous interroge pas sur ce que dit le Coran ou sur nos valeurs, mais sur nos pratiques. A nous de lui montrer par notre comportement, nos relations avec notre entourage, notre modestie, le vrai visage de l'islam."

M. Moussaoui a annoncé une prochaine rencontre avec le premier ministre, François Fillon, au cours de laquelle il devrait plaider, de nouveau, pour la mise en place d'une mission parlementaire sur l'islamophobie et pour "l'amélioration de la lutte contre les actes antimusulmans".

Stéphanie Le Bars

Article paru dans l'édition du 06.04.10


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