"C'est quoi l' islam modéré ?" : dialogue de sourds à la mosquée de DrancyEn costume cravate, la tête coiffée d'une chéchia blanche, les traits tirés, Hassen Chalghoumi sort de la mosquée sou

Publié le par rks3

En costume cravate, la tête coiffée d'une chéchia blanche, les traits tirés, Hassen Chalghoumi sort de la mosquée sous une volée d'insultes : "Tu es le traître des musulmans", lui lancent en arabe quelques dizaines de personnes rassemblées, vendredi 12 mars, devant le lieu de culte de Drancy (Seine-Saint-Denis). Le jeune responsable de l'association culturelle musulmane de la ville se montre un moment derrière les barrières qui protègent l'entrée du lieu de culte, sous haute surveillance policière. Puis il s'éclipse, laissant le champ aux discussions animées qui s'éternisent sur le parking du centre commercial, ouvert sur la mosquée.

Pour la sixième semaine consécutive, et alors que la mosquée a été fermée durant trois jours, la prière du vendredi a été troublée à Drancy par une trentaine de personnes appartenant au groupuscule radical antisioniste, le collectif Cheikh Yassin, qui lui reproche, dans le désordre : "Sa proximité avec la communauté juive, sa défense d'un islam modéré, ses propos anti-burqa, ses mensonges, l'opacité des comptes de l'association ou l'installation de caméras dans la mosquée".

Son président, Abdelhakim Sifrioui, connu pour son activisme islamiste dans la région parisienne depuis le milieu des années 1980, veut "mettre fin à l'ingérence sioniste et politique qui entend contrôler l'islam à Drancy". Sa harangue ne retient guère l'attention de la plupart des fidèles qui, en toute hâte, franchissent le service de sécurité improvisé, pour ne pas rater le début de la prière.

Se heurtant au refus de pénétrer dans le lieu de culte, M.Sifrioui s'insurge pour la forme et les caméras. "On devrait les remercier de nous barrer l'entrée. C'est mobilisateur", se réjouit au fond le militant, dont les faits et gestes sont filmés puis diffusés sur Internet par l'un de ses proches. Entre les pro-Chalghoumi et les membres du collectif, rejoints par quelques fidèles de Drancy, les insultes pleuvent : "agent du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France)" pour les uns, "clochards", "intégristes" pour les autres.

D'autres s'essayent au dialogue de sourds. "On ne sait pas ce que deviennent nos dons", lance Karim, 32 ans, en longue jellabah blanche. "Va voir le maire !", lui répond une fidèle. L'association verse un loyer de 4 000 euros par mois à la municipalité qui a fait construire la mosquée. "On est dans le dernier bastion de l'islam modéré. Ce que dit Hassen tout haut c'est ce que pensent 90 % des musulmans tout bas sans oser le dire", défend Abdallah, 30 ans. "C'est quoi l'islam modéré ? Il y a un islam et puis c'est tout", s'énerve un opposant.

"Ici on est libre de toute influence étrangère et c'est cela qui em... tout le monde", ajoute Abdallah. Un point, qui selon les proches de M.Chalghoumi expliquent "l'absence et la lâcheté" des institutions musulmanes officielles, Conseil français du culte musulman ou Grande mosquée de Paris, discrets depuis le déclenchement de la polémique drancéenne.

Sans tomber forcément dans le camp des anti-Chalghoumi, nombre de fidèles font part de leur "ras-le-bol" face à la "prise en otage" de leur mosquée. "Hassen a trop parlé. En plus il disait parler en notre nom, alors que la majorité d'entre nous n'est pas d'accord avec lui sur la burqa", assurent Ali 60 ans et Abderrahmane, 45 ans. "Hassen c'est devenu le roi-Soleil", regrette Farid Besnard. Ce membre de l'association est entré en dissidence. Pour la première fois, dit-il, l'entrée de la mosquée lui a été refusée. "C'est grave ça ! Désormais ceux qui ne sont pas avec lui, sont contre lui. Il cherche trop la gloire, Hassen, il a oublié que l'islam c'est la miséricorde et la discrétion".

Beaucoup ne voient d'issue que dans le départ de M.Chalghoumi. "Il a été mis là par la mairie. Maintenant il faut qu'il démissionne, on revote et on voit. S'il est réélu, il reste, sinon il part", conclut, sans animosité, Ali.

Stéphanie Le Bars

Article paru dans l'édition du 14.03.10

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salah 08/04/2010 02:43


c koi ce torchon